02 février 2011
Prix matières premières : Bruxelles voit un lien avec les marchés financiers
La Commission européenne reconnaît finalement l'existence d'un lien entre certaines activités financières, notamment sur les marchés dérivés, et la volatilité des prix des matières premières, dans un rapport qui sera publié mercredi, après un différend avec Paris sur le sujet.
"Il est clair qu'il y a une corrélation forte entre les positions prises sur les marchés dérivés et les prix" des matières premières elles-mêmes", indique Bruxelles dans ce document, qui devait être approuvé mercredi par l'ensemble des commissaires.
Mais "il est toujours difficile d'évaluer complètement les interactions et l'impact des mouvements des marchés dérivés sur la volatilité des marchés physiques sous-jacents", d'autant que tous ces marchés physiques de matières premières ne fonctionnent pas de la même manière, ajoute-t-il.
Bruxelles s'était attiré les foudres de la France la semaine dernière, car une version préliminaire du document récusait tout lien entre les spéculations sur les marchés et les cours des matières premières.
Elle s'est défendue en affirmant que la phrase controversée n'avait pas été validée et avait repoussé la publication du rapport.
Entretemps, le commissaire chargé des services financiers, le Français Michel Barnier, s'est dit la semaine dernière "convaincu d'une forme de spéculation qui accentue, accompagne, accélère la volatilité des prix" des matières premières.
Le rapport publié mercredi n'utilise pas le mot "spéculation", si ce n'est en note de bas de page.
Mais il relève la "volatilité accrue" et "les mouvements de prix sans précédent" observés ces dernières années sur les marchés de matières premières, qu'il s'agisse d'énergie, de métaux, de produits agricoles. Les prix y ont marqué un pic en 2008, puis ont baissé avant de recommencer à augmenter durant l'été 2009.
Parallèlement, le poids des investisseurs financiers sur les marchés de matières premières s'est accru: leurs investissements y atteignaient entre 170 et 205 milliards d'euros en 2008, contre seulement 13 milliards en 2003. Et là aussi, la hausse s'est arrêtée provisoirement après 2008, suite à la crise financière, mais a atteint de nouveaux sommets en 2010, note Bruxelles
27 janvier 2011
Trichet : pas de crise de l'euro, mais il faut améliorer sa surveillance
Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet a estimé jeudi qu'il n'y avait actuellement "pas de crise de l'euro" mais qu'il était nécessaire d'en améliorer la surveillance.
M. Trichet a expliqué lors d'une réunion du Forum économique mondial qui se déroule actuellement à Davos (Suisse) qu'"il n'y avait pas de crise de l'euro".
Il a poursuivi en soulignant que deux éléments étaient importants pour la zone euro: "la bonne conduite de chacun" ainsi que la surveillance. Cette dernière "doit être améliorée", a-t-il averti
Standard and Poor's abaisse d'un cran la note du Japon :
L'agence de notation financière Standard and Poor's a abaissé jeudi d'un cran la note de la dette à long terme du Japon, à AA-, en raison du lourd endettement du pays dont la situation financière pourrait s'aggraver.
La nouvelle note de l'archipel reste néanmoins la quatrième meilleure possible sur un total de 22, correspondant à un émetteur de haute qualité. Standard and Poor's a assorti cette note d'une perspective "stable".
"L'abaissement reflète notre estimation que les ratios d'endettement de l'Etat japonais - déjà parmi les plus hauts des dettes notées -, vont continuer d'augmenter davantage que ce que nous envisagions avant que la crise économique mondiale ne frappe ce pays", a expliqué l'agence dans un communiqué.
Standard and Poor's juge que l'endettement nippon va continuer d'augmenter jusqu'au milieu des années 2020.
"Le déficit budgétaire public ne devrait se réduire que modestement, de 9,1% du PIB pour l'année budgétaire 2010 (avril 2010 à mars 2011) à 8,0% pour l'année budgétaire 2013", a-t-elle souligné.
L'agence a ajouté que l'évolution de la dette nippone était aggravée par la déflation persistante et le vieillissement de la population.
Le ministre japonais des Finances, Yoshihiko Noda, a immédiatement tenté de rassurer.
"Afin de gagner la confiance du marché, il est important d'envoyer au moment opportun le message comme quoi nous allons fermement maintenir la discipline budgétaire", a-t-il déclaré à la presse.
Standard and Poor's avait averti dès janvier 2010 que la note AA du Japon était menacée. L'archipel avait déjà perdu en 1998 la prestigieuse note "AAA" dont jouissent la plupart des autres grands pays industrialisés.
Depuis l'Italie en octobre 2006, aucun pays du G7 n'avait vu sa note diminuée.
Cette dégradation résulte de l'endettement colossal du pays, équivalent aujourd'hui à quelque 200% de son PIB, la proportion la plus élevée parmi les pays développés, à cause des plans de relance à répétition depuis la "décennie perdue" des années 90.
La récession économique mondiale de 2008-2009, qui a frappé de façon particulièrement sévère le Japon, a aggravé le problème.
"La politique budgétaire du gouvernement n'inspire pas confiance", a souligné Hiroshi Watanabe, économiste à l'Institut de Recherche Daiwa.
Il a toutefois ajouté que la situation du Japon n'était pas comparable à celle des pays européens en difficultés financières, comme la Grèce, l'Irlande ou le Portugal, parce qu'environ 95% des bons du Trésor sont détenus par des investisseurs japonais, ce qui réduit les risques de faillite de l'Etat.
"Le Japon ne va pas s'effondrer dans un proche avenir", a-t-il assuré.
Standard and Poor's reconnaît elle aussi que le pays dispose "de grandes réserves de changes, d'un système financier relativement fort et d'une économie diversifiée", des qualités permettant à sa note de rester encore parmi les meilleures.
Mais le budget de l'Etat nippon repose tout de même pour près de moitié sur la vente de nouvelles obligations. L'an passé, le gouvernement de centre-gauche de Naoto Kan s'est engagé à limiter à 44.300 milliards de yens (400 milliards d'euros) les émissions annuelles de nouveaux bons du Trésor, soit leur niveau de l'année budgétaire 2010, au moins jusqu'à l'exercice 2013.
M. Kan veut lancer une réforme fiscale d'ampleur, qui pourrait comprendre une hausse de la taxe sur la consommation, aujourd'hui fixée à seulement 5%, afin de mieux répartir et d'augmenter les recettes publiques.
Pour faire adopter ses projets, le gouvernement devra toutefois composer avec l'opposition conservatrice, majoritaire à la Chambre haute du Parlement et qui veut faire tomber M. Kan.
"Si le gouvernement s'empêtre dans sa réforme, de futures abaissements de la note vont certainement suivre", a prévenu Julian Jessop, de Capital Economics.
Il a ajouté qu'au vu de la taille de l'économie japonaise, la troisième mondiale, et de la sensibilité des marchés internationaux aux questions budgétaires, de telles décisions auraient "un impact planétaire".
Le yen a chuté après l'annonce de l'agence de notation. Le dollar, qui cotait jusque-là à peine 82 yens, a brièvement atteint 83,20 yens, et l'euro, évoluant autour de 112,60 yens, a bondi jusqu'à 113,61 yens.
08 mai 2010
Un volcan peut-il arrêter la mondialisation ?
Les cendres du volcan islandais se dissipent à peine (temporairement?) et l'heure des comptes sonne déjà. Surtout, les acteurs économiques les plus touchés se bousculent au portillon pour encaisser aides, prêts ou autres subsides de l'Etat. J'ai moi-même été au cœur de ce maelström puisque j'étais parti quatre jours visiter Copenhague et ne viens que de rentrer avec... cinq jours de retard. Vu de Scandinavie, la situation catastrophique de centaines de milliers de passagers en transit semble assez lointaine. Peut-être est-ce dû à la légendaire modération scandinave? Ou à l'organisation mise en place (par exemple, comptoirs SAS déportés dans les grands hôtels). Ou encore aux moyens de communications modernes (mobiles, emails) permettant de s'organiser et de prévenir ses proches simplement. En tout cas, rien qui ne justifie les propos outranciers de Christian Estrosi, utilisant cette péripétie dans une grossière manœuvre politique contre les grévistes SNCF (même si le fond peut être compréhensible, le ridicule de la comparaison rend inaudible cette sortie).
Sur le plan humain, cela reste désagréable mais il faut se rendre à l'évidence quant à la force de la nature et au fait que celle-ci puisse paralyser temporairement l'activité humaine, que ce soit via un volcan ou les chutes de neige hivernales. Ceci étant, rien que de très supportable comparé aux catastrophes naturelles telles que le tsunami ou le séisme en Haïti. Il convient donc de relativiser et de se garder de tout ethnocentrisme. Humilité de mise donc mais sans aller jusqu'au concert de réactions interprétant cet événement comme une revanche de Gaïa face aux avanies qu'on lui fait subir. Plus sérieuses sont les leçons économiques à tirer de l'événement voir politiques (notamment le cafouillage dans la concertation européenne dénoncée entre autres par Bernard Kouchner et qui n'est qu'un énième avatar que ce que je décrivais dans mon précédent post).
Alors quelles sont les conséquences économiques? Les pertes pour les compagnies aériennes sont estimées à 1.7 milliards de dollars. L'équation est évidente: perte de revenus et frais fixes = perte nette. On peut cependant s'étonner d'entendre que cinq compagnies seraient proches du dépôt de bilan par manque de liquidité. Cela démontre une fragilité extrême du secteur: un arrêt d'exploitation de cinq jours suffirait à mettre en péril ces entreprises. Ou alors s'agit-il d'une exagération des impacts pour demander des subsides, dont l'UE s'est déjà déclarée prête à en accepter l'augure. Là encore, il paraît étonnant de demander aux contribuables de financer des sociétés pour un arrêt d'exploitation somme toute limité dans le temps. Par ailleurs, on peut s'interroger sur la justice de telles aides. En effet, de nombreuses (mais beaucoup plus silencieuses) sociétés ont eu à souffrir de cet arrêt: aéroports eux-mêmes (privés de taxes de décollage/atterrissage), boutiques et restaurants d'aéroports, sous-traitants des compagnies aériennes tels que les services de nettoyage ou de catering.
Qu'en est-il par ailleurs des pertes plus globales du système? Le Monde, notamment par la voix d'Elie Cohen, parle d'une "annulation de la mondialisation" et de répercussions dans de nombreux secteurs. Prenons l'exemple de l'hôtellerie. Si j'en croie les discussions que j'ai eues à Copenhague, l'impact était quasi nul. En effet, si plus personne n'arrivait... plus personne ne partait. Le flux était très réduit mais le "stock" intact. Pour la perte de journées de travail évoquées par Elie Cohen, elles ont été minimisées par les possibilités de télé-travail ou sinon passées en congés payés ou RTT... rattrapés plus tard.
Pour ce qui est de l'effet global induit dans le système et d'une potentielle annulation de la mondialisation, 80 à 90% des échanges internationaux se font par voie maritime. Cette affirmation est donc gratuite. Seuls les produits a très forte valeur ajoutée (électronique, pharmaceutique) utilisent le transport aérien. Or, on assistera à un effet de décalage mais pas à une réduction des volumes à terme. Comme le souligne l'article de Libération cité en début de ce post, les effets seront anecdotiques (fleurs kenyanes ...).
Loin de moi le fait de nier les problèmes et coûts engendrés par le phénomène d'autant plus que je les ai vécus personnellement. Mais parler de gel de la mondialisation, d'effets très forts sur l'économie globale ou encore de "revanche" de Mère-Nature sont des réactions épidermiques et exagérées. Le challenge va plutôt consister à savoir s'il faut aider et comment le secteur de l'aérien (en n'oubliant pas les sous-traitants) et à le rendre moins sensible à ce type d'aléa.
© Photos Reuters
Les agences de notation, comment ça marche ?
Pas un jour dans l’actualité de cette semaine où ne viennent surgir des sigles aussi cryptiques pour le profane que AAA, AA+, BB+. Ceux-ci sont aussi mal connus que puissants puisque les différentes dégradations de notation (rating) effectuées cette semaine par Standard & Poors (S&P) ont produit des effets extrêmement forts : hausse des taux d’emprunt de la Grèce à près de 10%, baisse de l’Euro, forte baisse des bourses européennes voire mondiales, crise européenne attisée par la peur d'un début de scénario de chute des dominos. En effet, des fameux PIGS (Portugal, Ireland/Italy, Greece, Spain), trois d’entre eux sont touchés par les abaissements de notes et les hausses de taux d’intérêts. Hier déjà, Angela Merkel renâclait à prêter à la Grèce, freinée en cela par une opinion publique majoritairement hostile (n’ayant pas envie que le bon élève allemand, ayant consenti des sacrifices – notamment via les lois Hartz IV – ne paye pour les mauvais élèves de la classe). Elle se retrouve désormais d’autant plus réticente qu’un défaut de la Grèce sur sa dette n’est plus exclu et que cette aide risque d’être la première sur une longue liste. Risque de faillite de la Grèce, de sortie de ce pays de l’Euro, voire d’éclatement de l’Euro et de l’Europe : tout cela a été attisé fortement cette semaine par ces fameuses agences de notation. D’où tirent-elle ce pouvoir exorbitant et sont-elles fiables ?
Qui sont ces agences de notation ?
Le marché du rating est une quasi oligopole anglo-saxonne composée des vénérables institutions privées que sont Standard & Poors, Moodys et Fitch. Ces dernières sont au service des institutions financières (banques notamment) effectuant des prêts. Elles notent la fiabilité des obligations, dettes ou produits structurés (les fameux CDO mis en cause lors de la crise des subprimes) et cela pour les entreprises ou les États. Le plus étonnant, c’est que leur source de financement provient des institutions privées désireuses d’être notées (c’est gratuit pour les États…).
Que sont ces fameuses notes ?
Les barèmes de notes sont propres à chaque agence. Prenons le cas de Standard & Poors, le plus médiatique :
- D’abord le fameux AAA : c’est la crème de la crème, les investissements considérés comme les plus sûrs (risque quasi nul de faillite à 3 ans). L’Allemagne fait partie de ce club très fermé ainsi que la France.
- AA+, AA, AA- : du plus sûr au moins sûr, les investissements de « bonne qualité ». L’Espagne est passée hier à de AA+ à AA (même note que l’Irlande). Sa note reste solide mais la tendance est négative
- A+, A, A- : qualité moyenne. Le Portugal a été abaissé cette semaine à A-. L’Italie est A+
- BBB+, BBB, BBB- : qualité moyenne inférieure
- BB+, BB, BB- : investissement considéré comme spéculatif (et donc risqué). On parle aussi de junk bonds (obligations pourries). Le risque de faillite estimé est de 23% à 3 ans. La Grèce est en BB+ en court-terme et BB en long-terme
- B+, B, B- : hautement spéculatif
- CCC+, CCC, CCC- : Mauvaise condition, au bord de la faillite
- D : défaut de paiement
Notons que les agences peuvent ajouter le qualificatif "sous surveillance négative", indiquant que l'organisme noté risque de se voir dégradé sous peu.
Que leur reproche-t-on ?
«Il ne faut pas trop croire ce que disent [les agences de notation].»
La phrase est de Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI, à propos de la vague de dégradations de notes.
Comme les agences sont payées par ceux qu’elle note, le soupçon est toujours présent quant à la surnotation de certains organismes qui pourraient se montrer généreux. Surtout, on leur reproche de ne pas avoir vu venir toutes les différentes crises récentes : crise des subprimes où les agences donnaient de très bonnes notes à certains actifs quelques semaines seulement avant qu’on les qualifie de toxiques, éclatement de la bulle Internet, effondrement bancaire islandais, …
En fait, l’examen ex-post des ratings effectués montre que les agences surnotent souvent les organismes quand le climat est bon (par exemple, formation de la bulle Internet) et se mettent à massacrer les valeurs quant le climat est mauvais. Bref, elles chantent avec les sirènes et hurlent avec les loups. On peut légitiment se demander quelle est la valeur ajoutée pour un marché qui se targue d’ « acheter la rumeur et vendre la nouvelle » et donc érige en dogme les vertus de l’anticipation.
Plus grave, et on le voit dans la crise européenne actuelle, le fait que les agences sur-réagissent aux mauvaises nouvelles pour rattraper ce qu’elles auraient dû voir avant plombe un marché qui a déjà eu vent des mauvaises nouvelles. Ainsi, l’effet paradoxal est que tout prêteur peut se faire une assez bonne idée de la situation de la Grèce à partir même des mauvaises nouvelles que donne le Premier ministre (déficit à 14% du PIB, probable révision à la hausse de ce déficit et à la baisse de la croissance du PIB) et malgré cela, chaque fois qu’une dégradation de notation intervient, aussi redondante soit-elle avec l’information existante, elle provoque de nouvelles paniques. Les dégradations de notations renforcent ainsi l’aspect grégaire des marchés. Elles entretiennent aussi une spirale mortelle puisque chaque dégradation fait monter les taux d’emprunt, renforce la mauvaise situation de la Grèce, justifiant une nouvelle dégradation. On peut parler aussi de prophétie auto-réalisatrice.
Quelles solutions ?
Soupçons de biais de notation, valeur ajoutée plus que discutable, rôle de pyromane dans les crises internationales, n’en jetez plus ! Un consensus se forme peu à peu, au moins dans le monde politique (mais aussi économique), pour admettre que le rôle des agences de notation tel qu’il est exercé actuellement est néfaste. Mais par quoi le remplacer?
Première idée : les nationaliser. Ainsi, Nicolas Sarkozy mais aussi Jean-Claude Juncker se sont ralliés à l’idée d’une agence de notation européenne. Cette idée me paraît illusoire. Tout d'abord, la légitimité d'une agence de notation auprès des prêteurs ne se décrète pas. Ensuite, il paraît évident que cette agence aurait un biais envers les entreprises de l'Union Européenne. De plus, qui pourrait croire que la note qu'elle attribuerait à la Grèce serait donnée en toute indépendance?
Supprimer les agences de notation? Illusoire. Le plus envisageable serait la création d'une agence de notation internationale sous l'égide du FMI ou de la Banque Mondiale, mais sa mise en place rencontrerait de nombreux obstacles politiques. Achevons ce constat d'impuissance par le fait que les monoline(r)s peuvent contourner les ratings des agences de notation : ces organismes empruntent à taux bas grâce à leur bon rating et reprêtent à d'autres (à la note dégradée) en prenant au passage une prime de risque (le fait que le taux final pour l'emprunteur est plus bas que celui des marchés est un bon indice de la sur-réaction des agences et des marchés). Mais c'est aussi ce que fait par exemple la France en empruntant sous le "parapluie" de son AAA au profit de la Grèce : la France va emprunter à 1.4%, reprêter à la Grèce à 5%, sous les conditions de marchés (10% environ).
Bref, si beaucoup s'accordent à dire que les agences de notation sont un maillon faible de la finance mondiale, mettre en œuvre une solution de remplacement est une tâche des plus ardues.
Crédit photo : Reuters
Pas un jour dans l’actualité de cette semaine où ne viennent surgir des sigles aussi cryptiques pour le profane que AAA, AA+, BB+. Ceux-ci sont aussi mal connus que puissants puisque les différentes dégradations de notation (rating) effectuées cette semaine par Standard & Poors (S&P) ont produit des effets extrêmement forts : hausse des taux d’emprunt de la Grèce à près de 10%, baisse de l’Euro, forte baisse des bourses européennes voire mondiales, crise européenne attisée par la peur d'un début de scénario de chute des dominos. En effet, des fameux PIGS (Portugal, Ireland/Italy, Greece, Spain), trois d’entre eux sont touchés par les abaissements de notes et les hausses de taux d’intérêts. Hier déjà, Angela Merkel renâclait à prêter à la Grèce, freinée en cela par une opinion publique majoritairement hostile (n’ayant pas envie que le bon élève allemand, ayant consenti des sacrifices – notamment via les lois Hartz IV – ne paye pour les mauvais élèves de la classe). Elle se retrouve désormais d’autant plus réticente qu’un défaut de la Grèce sur sa dette n’est plus exclu et que cette aide risque d’être la première sur une longue liste. Risque de faillite de la Grèce, de sortie de ce pays de l’Euro, voire d’éclatement de l’Euro et de l’Europe : tout cela a été attisé fortement cette semaine par ces fameuses agences de notation. D’où tirent-elle ce pouvoir exorbitant et sont-elles fiables ?
Qui sont ces agences de notation ?
Le marché du rating est une quasi oligopole anglo-saxonne composée des vénérables institutions privées que sont Standard & Poors, Moodys et Fitch. Ces dernières sont au service des institutions financières (banques notamment) effectuant des prêts. Elles notent la fiabilité des obligations, dettes ou produits structurés (les fameux CDO mis en cause lors de la crise des subprimes) et cela pour les entreprises ou les États. Le plus étonnant, c’est que leur source de financement provient des institutions privées désireuses d’être notées (c’est gratuit pour les États…).
Que sont ces fameuses notes ?
Les barèmes de notes sont propres à chaque agence. Prenons le cas de Standard & Poors, le plus médiatique :
- D’abord le fameux AAA : c’est la crème de la crème, les investissements considérés comme les plus sûrs (risque quasi nul de faillite à 3 ans). L’Allemagne fait partie de ce club très fermé ainsi que la France.
- AA+, AA, AA- : du plus sûr au moins sûr, les investissements de « bonne qualité ». L’Espagne est passée hier à de AA+ à AA (même note que l’Irlande). Sa note reste solide mais la tendance est négative
- A+, A, A- : qualité moyenne. Le Portugal a été abaissé cette semaine à A-. L’Italie est A+
- BBB+, BBB, BBB- : qualité moyenne inférieure
- BB+, BB, BB- : investissement considéré comme spéculatif (et donc risqué). On parle aussi de junk bonds (obligations pourries). Le risque de faillite estimé est de 23% à 3 ans. La Grèce est en BB+ en court-terme et BB en long-terme
- B+, B, B- : hautement spéculatif
- CCC+, CCC, CCC- : Mauvaise condition, au bord de la faillite
- D : défaut de paiement
Notons que les agences peuvent ajouter le qualificatif "sous surveillance négative", indiquant que l'organisme noté risque de se voir dégradé sous peu.
Que leur reproche-t-on ?
«Il ne faut pas trop croire ce que disent [les agences de notation].»
La phrase est de Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI, à propos de la vague de dégradations de notes.
Comme les agences sont payées par ceux qu’elle note, le soupçon est toujours présent quant à la surnotation de certains organismes qui pourraient se montrer généreux. Surtout, on leur reproche de ne pas avoir vu venir toutes les différentes crises récentes : crise des subprimes où les agences donnaient de très bonnes notes à certains actifs quelques semaines seulement avant qu’on les qualifie de toxiques, éclatement de la bulle Internet, effondrement bancaire islandais, …
En fait, l’examen ex-post des ratings effectués montre que les agences surnotent souvent les organismes quand le climat est bon (par exemple, formation de la bulle Internet) et se mettent à massacrer les valeurs quant le climat est mauvais. Bref, elles chantent avec les sirènes et hurlent avec les loups. On peut légitiment se demander quelle est la valeur ajoutée pour un marché qui se targue d’ « acheter la rumeur et vendre la nouvelle » et donc érige en dogme les vertus de l’anticipation.
Plus grave, et on le voit dans la crise européenne actuelle, le fait que les agences sur-réagissent aux mauvaises nouvelles pour rattraper ce qu’elles auraient dû voir avant plombe un marché qui a déjà eu vent des mauvaises nouvelles. Ainsi, l’effet paradoxal est que tout prêteur peut se faire une assez bonne idée de la situation de la Grèce à partir même des mauvaises nouvelles que donne le Premier ministre (déficit à 14% du PIB, probable révision à la hausse de ce déficit et à la baisse de la croissance du PIB) et malgré cela, chaque fois qu’une dégradation de notation intervient, aussi redondante soit-elle avec l’information existante, elle provoque de nouvelles paniques. Les dégradations de notations renforcent ainsi l’aspect grégaire des marchés. Elles entretiennent aussi une spirale mortelle puisque chaque dégradation fait monter les taux d’emprunt, renforce la mauvaise situation de la Grèce, justifiant une nouvelle dégradation. On peut parler aussi de prophétie auto-réalisatrice.
Quelles solutions ?
Soupçons de biais de notation, valeur ajoutée plus que discutable, rôle de pyromane dans les crises internationales, n’en jetez plus ! Un consensus se forme peu à peu, au moins dans le monde politique (mais aussi économique), pour admettre que le rôle des agences de notation tel qu’il est exercé actuellement est néfaste. Mais par quoi le remplacer?
Première idée : les nationaliser. Ainsi, Nicolas Sarkozy mais aussi Jean-Claude Juncker se sont ralliés à l’idée d’une agence de notation européenne. Cette idée me paraît illusoire. Tout d'abord, la légitimité d'une agence de notation auprès des prêteurs ne se décrète pas. Ensuite, il paraît évident que cette agence aurait un biais envers les entreprises de l'Union Européenne. De plus, qui pourrait croire que la note qu'elle attribuerait à la Grèce serait donnée en toute indépendance?
Supprimer les agences de notation? Illusoire. Le plus envisageable serait la création d'une agence de notation internationale sous l'égide du FMI ou de la Banque Mondiale, mais sa mise en place rencontrerait de nombreux obstacles politiques. Achevons ce constat d'impuissance par le fait que les monoline(r)s peuvent contourner les ratings des agences de notation : ces organismes empruntent à taux bas grâce à leur bon rating et reprêtent à d'autres (à la note dégradée) en prenant au passage une prime de risque (le fait que le taux final pour l'emprunteur est plus bas que celui des marchés est un bon indice de la sur-réaction des agences et des marchés). Mais c'est aussi ce que fait par exemple la France en empruntant sous le "parapluie" de son AAA au profit de la Grèce : la France va emprunter à 1.4%, reprêter à la Grèce à 5%, sous les conditions de marchés (10% environ).
Bref, si beaucoup s'accordent à dire que les agences de notation sont un maillon faible de la finance mondiale, mettre en œuvre une solution de remplacement est une tâche des plus ardues.
Crédit photo : Reuters

